La qualité d'une séance se décide en grande partie avant qu'elle ne commence. Non pas par des poses répétées devant un miroir, celles-là ne survivent jamais aux premières minutes, mais par quelques décisions simples que presque personne ne prend.
Trois semaines avant : la conversation
La question qu'on me pose rarement, et qui détermine tout : à quoi serviront ces images ? Un portrait destiné à un profil professionnel, un tirage encadré pour un salon et une série offerte à quelqu'un ne se photographient pas de la même façon. Cadrage, format, nombre d'images, traitement : tout en découle.
La seconde question est encore plus utile, et c'est moi qui vous la pose : qu'est-ce que vous n'aimez pas sur vos photos habituelles ? Un profil, un sourire figé, une posture. Je ne peux pas deviner ce qui vous gêne, et je travaille avec cette information plus qu'avec n'importe quelle référence esthétique.
Une semaine avant : les vêtements
Le principe tient en une phrase : apportez plus que nécessaire, et privilégiez ce que vous portez déjà. Un vêtement neuf n'a pas encore trouvé sa place sur un corps, et cela se voit, notamment aux épaules et à la taille.
· Ce qui fonctionne : les matières mates, les coupes que vous connaissez, les couleurs unies ou peu contrastées, les superpositions qui permettent de faire varier une silhouette sans changer de tenue.
· Ce qui complique : les rayures fines et les petits motifs, qui produisent un moirage à l'écran ; les blancs très purs, qui attirent l'œil avant le visage ; les logos, qui datent une image.
· Ce qui se prépare : repassez, et vérifiez les dessous. Un pli marqué et une bretelle apparente sont les deux corrections les plus fréquentes en retouche. Autant les éviter.
Pour une séance intime, la logique s'inverse encore davantage : une pièce portée, une chemise d'homme, un drap ou une matière produisent souvent de meilleures images qu'un ensemble acheté pour l'occasion.
Dormir. C'est le paramètre le plus visible sur un visage, et le seul qu'aucune retouche ne rattrape complètement. Une nuit courte se lit dans le regard.
Boire de l'eau. La peau et les lèvres réagissent en vingt-quatre heures.
Ne rien tenter de nouveau. Pas de nouvelle coupe, pas de soin inhabituel, pas de teinture la veille. La règle vaut pour l'esthétique comme pour l'alimentation : le jour d'une séance n'est pas le jour des expérimentations.
Le jour même : arriver en avance, et sans avoir répété
Vingt minutes d'avance changent une séance. Elles vous permettent de découvrir le lieu, de poser vos affaires, de parler d'autre chose. Ce temps n'est pas perdu : il correspond exactement à celui qu'il faut pour cesser de se surveiller.
À l'inverse, arriver en ayant répété des poses est contre-productif. Une posture apprise se voit : elle produit une tension du cou et des épaules que l'œil détecte sans pouvoir la nommer. Je vous donnerai des consignes, c'est mon travail, et elles fonctionnent mieux sur quelqu'un qui n'a rien prévu.
Ce que vous avez le droit de me demander
Une séance n'est pas un examen. Quelques demandes sont légitimes et rarement formulées :
· Voir une image en cours de séance. Cela rassure, et cela permet de corriger une gêne au lieu de la subir pendant une heure.
· Faire une pause. Dix minutes de silence valent mieux qu'une demi-heure de crispation.
· Refuser une idée. Une proposition de ma part reste une proposition.
· Savoir ce qu'il advient des fichiers : durée de conservation, protection de la galerie, conditions de suppression. Ces questions sont normales, et une réponse claire est un bon signe. Chez n'importe quel photographe.
Après : le tri, et la patience
Le premier réflexe devant une série d'images de soi est presque toujours défavorable. Nous ne nous voyons habituellement que dans un miroir, c'est-à-dire inversés. Une photographie non inversée nous paraît fausse pendant quelques minutes, alors qu'elle correspond à ce que les autres voient depuis toujours.
C'est une raison suffisante pour ne pas trier vos photos le jour de la livraison. Laissez passer quelques jours, revenez-y : le classement change presque toujours.
Sources
- Mita, T. H., Dermer, M. et Knight, J., Reversed facial images and the mere-exposure hypothesis, Journal of Personality and Social Psychology, 35(8), 597-601, 1977.
- Fredrickson, B. L. et al., That swimsuit becomes you, 1998. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/9686464
- Sur le moirage produit par les motifs fins : documentation technique relative au filtre passe-bas optique des capteurs.
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