La plupart des trombinoscopes que je vois sont un patchwork : des photos prises à des époques différentes, par des personnes différentes, dans des lumières différentes. Chaque portrait pris isolément peut être correct. L'ensemble, lui, dit quelque chose que personne n'a voulu dire.
Ce qu'un trombinoscope hétérogène raconte
Placez côte à côte quinze portraits : l'un recadré depuis une photo de mariage, un autre pris devant une fenêtre en contre-jour, un troisième réalisé en studio il y a huit ans, deux en selfie. Personne ne lit ces images une par une. On les voit ensemble, sur une page équipe ou dans une proposition commerciale.
Le message perçu n'est pas « voici nos collaborateurs ». Il est : cette organisation ne s'occupe pas de ce genre de détail. C'est exactement l'inverse de ce qu'une page équipe est censée porter, en particulier dans les métiers où l'on vend de la rigueur, du conseil ou de la confiance.
Le paradoxe est là : un portrait individuellement moyen mais cohérent avec les quatorze autres sert mieux l'entreprise qu'un portrait individuellement superbe qui jure avec le reste.
Les quatre paramètres qui font l'homogénéité
La lumière
Le plus déterminant, et le plus difficile à rattraper. Deux portraits éclairés différemment ne se raccorderont jamais, quelle que soit la retouche. C'est pour cela que je viens avec mon éclairage plutôt que d'utiliser la lumière disponible : la lumière du jour change entre neuf heures et dix-sept heures, mon éclairage ne change pas.
Le cadrage et la focale
Même distance, même hauteur d'appareil, même échelle de plan. Une focale courte utilisée de près déforme les traits et grossit le nez. Une focale longue les aplatit. Mélanger les deux dans une même série crée des différences de morphologie qui n'existent pas dans la réalité.
Le fond
Uni, ou identique pour tous. Un fond neutre a l'avantage de ne pas dater : il ne dépendra pas d'un aménagement de bureau qui aura changé dans deux ans.
Le traitement
Même colorimétrie, même contraste, même approche de retouche. C'est le paramètre le plus invisible et le plus efficace : deux séries techniquement identiques mais traitées différemment ne se raccordent pas.
Combien de personnes, et sur combien de temps ? Je compte une trentaine de collaborateurs sur une journée complète pour des portraits posés et travaillés. Au-delà, mieux vaut deux journées qu'un défilé.
Que fait-on des absents ? Un passage complémentaire dans les mêmes conditions de lumière et de cadrage. C'est ce qui préserve l'homogénéité, et cela se cadre au devis, pas à l'improviste.
Quels usages ? Site, LinkedIn, signatures de mail et supports internes relèvent d'une cession de droits d'usage web. La publicité et l'affichage grand format relèvent d'une cession complémentaire.
Où ? Une pièce disponible sur la durée, environ trois mètres sur trois. Une fenêtre est un plus, pas une obligation.
Le point qui fait échouer les trombinoscopes
Les recrutements. Six mois après la session, trois nouveaux arrivants ajoutent leur propre photo, et l'homogénéité disparaît en une fois.
Deux solutions existent, et il faut en choisir une dès le départ : soit une session de rattrapage périodique, semestrielle ou annuelle, soit un protocole écrit assez précis pour être reproduit par un tiers, distance, hauteur, fond, éclairage, cadrage, traitement. La seconde est moins confortable mais plus réaliste dans une structure qui recrute régulièrement.
Un mot sur l'expression
L'homogénéité ne signifie pas l'uniformité des visages. Une série où tout le monde arbore le même sourire commandé produit un effet d'annuaire déshumanisé, et, comme je l'explique ailleurs dans ce journal, un sourire commandé se reconnaît.
Ce qui doit être constant, ce sont les paramètres techniques. Ce qui doit varier, c'est ce que chacun apporte. Un portrait d'entreprise réussi est un cadre commun dans lequel des personnes différentes restent reconnaissables.
Sources
- Willis, J. et Todorov, A., First Impressions, Psychological Science, 2006. journals.sagepub.com/doi/abs/10.1111/j.1467-9280.2006.01750.x
- Ekman, P. et Friesen, W. V., Facial Action Coding System, 1978.
- CNIL, Droit à l'image des salariés et information des personnes. cnil.fr
- Code de la propriété intellectuelle, articles L.111-1 et suivants. legifrance.gouv.fr
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